Fiches pratiques - Schizophrénie : évolution au long cours.

Les prémisses

Les débuts de la schizophrénie sont encore mal connus. En effet il s’agit aux origines plurifactorielles : différents paramètres sont à prendre en compte comme la génétique, l’environnement social et environnemental, le développement du cerveau (y compris au stade de fœtus)… Il est donc extrêmement difficile de diagnostiquer cette maladie avant les premières bouffées délirantes.

Cependant quelques signes avant-coureurs sont parfois observables bien qu’ils soient à prendre avec précaution (voir notre fiche dédiée) : début de retrait social, difficultés d’attention, troubles du sommeil, humeur variable et parcours scolaire et / ou professionnel erratique sont parfois présents. Ces signes sont observables chez l’adolescent et le jeune adulte. Rappelons que le diagnostic de schizophrénie est généralement posé entre 15 et 25 ans. Les prémisses de la schizophrénie sont donc parfois comparées à une crise d’adolescence puissance 10.

 

Les premières crises paroxystiques et le diagnostic

Le diagnostic intervient en général après  les premières bouffées délirantes. Ces dernières sont des périodes pouvant atteindre plusieurs semaines durant lesquelles la personne est en proie à des hallucinations très fortes et délire (incohérences du langage). Ces périodes reviennent de manière régulière si un traitement efficace n’est pas mis en place ou peuvent être provoquées par un évènement : perte d’emploi, de logement, rupture sentimentale, échec scolaire ou arrêt du traitement médicamenteux.

Ma mise en place du diagnostic peut être longue et prendre parfois plusieurs années car la schizophrénie est un trouble extrêmement complexe et les symptômes sont variables d’une personne à l’autre. Il est ainsi parfois très difficile de se rendre compte que quelqu’un a des hallucinations.

Durant la période accompagnant le diagnostic, un fort isolement social et un retrait socio-professionnel peuvent intervenir. C’est donc une période délicate qui peut être fortement perturbante et s’accompagner d’un sentiment d’impuissance et d’incompréhension de la part des proches.

 

Les premières années de prise en charge

Une fois le diagnostic posé, l’enjeu va être d’abord de stabiliser la personne, puis de la réinsérer socialement. Une fois encore, cette période sera plus ou moins longue en fonction des individus et peut prendre parfois jusqu’à plusieurs années.

La première priorité sera de trouver un traitement médicamenteux efficace qui peut s’accompagner de psychothérapie. La difficulté est majeure : le bon traitement ainsi que son dosage changent suivant les cas et le patient peut s’accoutumer à un médicament et ne plus en ressentir les effets. De plus, le traitement n’est pas sans inconvénients et à des effets secondaires qu’il faut apprendre à gérer (fatigue, prise de poids, perte de libido, etc…)

L’un des autres problèmes vient des symptômes de la schizophrénie : le patient n’a pas conscience de sa maladie et pour lui ses hallucinations sont parfaitement réelles et donc ne ressent pas le besoin de prendre son traitement, au risque de provoquer une rechute. C’est ce que l’on appelle l’anosognosie. Il faut donc parvenir à ce que votre proche prenne son traitement de manière régulière, mais le temps qu’il prenne conscience de la nécessité des médicaments, il peut y avoir plusieurs nouvelles crises durant cet intervalle de temps. Crises qui seront une fois encore très difficiles à surmonter et des hospitalisations peuvent être nécessaires.

Comment voir si la personne progresse ?

Une fréquence atténuée d’hospitalisations peut s’observer au fur et à mesure. Votre proche sera capable au bout d’un certain temps de savoir quand il aura besoin d’être hospitalisé, ce qui sera un signe de progrès.

Une fois la personne « stabilisée », c’est-à-dire que le traitement est considéré comme efficace et qu’une prise de conscience vis-à-vis de la maladie s’est opérée, on pourra commencer un travail de réinsertion socio-professionnelle. En effet, à cause du traitement et des hospitalisations, la personne est dans certains cas en perte de repères, voire n’a plus travaillé ou étudié depuis des années. Un accompagnement est donc préférable et les progrès seront parfois longs. Dans certains cas, la personne demeure incapable de travailler.

Evolutions observables après plusieurs années de prise en charge

Au bout de plusieurs années de prise en charge, la situation d’une personne souffrant de schizophrénie s’est en général grandement améliorée : les rechutes se sont atténuées voire ont disparues. Le patient peut avoir appris des techniques de contournement de ses hallucinations et peut arriver à les ignorer partiellement voire totalement suivant l’intensité de ces dernières. Des symptômes résiduels sont toujours présents néanmoins, surtout les symptômes dits « négatifs ».

Un regain d’activité sociale peut être apparu : certaines personnes souffrant de schizophrénie ont une vie de famille normale, des activités sociales et un emploi. Cependant un emploi à temps partiel peut être parfois préférable et il arrive qu’il demeure dans un fort isolement social et qu’ils n’aient que quelques proches.

Le taux de rémission (forte diminution des symptômes) de la schizophrénie est d’environ 30 à 35% au bout de quelques années. Dans les autres cas, on observe principalement un meilleur contrôle des symptômes. Toutefois des rechutes restent possibles et certains patients (environ 20%) demeurent peu sensibles aux traitements actuels.

 

Schizophrénie et vieillissement

On l’oublie parfois, mais une personne souffrant de schizophrénie est aussi une personne âgée en devenir même si cette maladie tend à réduire l’espérance de vie à 69 ans en moyenne contre 82 en France en moyenne aujourd’hui. Il est donc possible que d’autres fragilités apparaissent et qu’il faille les traiter avec tout le soin nécessaire aux personnes âgées.