Fiches pratiques - Autonomie au repas dans la maladie d'Alzheimer

Autonomie au repas 

Ce que vous pouvez faire :


Créez un rituel autour du repas : Si pour une personne bien portante, l’heure du repas (8h, midi, 20h...) engendre automatiquement des réflexes de comportements appropriés (avoir faim, mettre la table, s'asseoir devant son assiette, mettre sa serviette….), pour une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, c’est moins évident. Aussi, créer un rituel peut aider à enclencher tous ces comportements. Vous pouvez par exemple :

 

  •      Lui donner l’heure et lui demander à quoi elle correspond : « midi c’est l’heure de…? ».
  •      Lui faire prendre part à la préparation du repas.
  •      Lui faire mettre la table ou lui faire prendre part à la mise de table.
  •      Lui présenter le menu et la mettre en appétit en lui parlant des plats servis.
  •      Déterminer une place et lui garder toujours la même (différente de celle où elle lit le journal ou fait d'autres activités).
  •      Lui demander de mettre sa serviette…

De même, il vous faudra accorder une importance particulière à l’environnement de ce repas afin d’éviter les « parasites » qui pourraient la distraire et gêner sa concentration :

  • Éteignez la télévision et la radio.
  • Optez pour une nappe de couleur unie, sans motif ou un set de table assez large pour masquer les dessins de la nappe.
  • Les couverts et l’assiette doivent être d’une couleur différente de celle de la nappe afin que la personne puisse les identifier.
  • L’assiette doit également être de couleur unie, sans dessin dans le fond.
  • Éviter le noir ou les couleurs sombres (la perception pouvant être atteinte, la personne y verrait un trou noir plutôt qu’un outil pour le repas).
  • N’encombrez pas la table de choses inutiles.
  • Selon le stade de la maladie, des couverts adaptés pourront être nécessaires : (couverts thérapeutiques à manches plus larges ou à forme ergonomique, assiettes antidérapantes, verre à bec…).

Si la mémoire est touchée, les habitudes de vie ont une importance capitale dans le maintien de l’autonomie. Ces petites manies du quotidien, exécutées depuis tant d’années deviennent des réflexes et ces réflexes n’ont plus besoin de mémoire pour agir. Aussi il est intéressant de les ré-enclencher pour stimuler l’autonomie et faire renaître les habitudes :

  • La mise de table est importante : fourchette à gauche pour les gauchers, à droite pour les droitiers ; couteau de l’autre côté de l’assiette ; verre au-dessus de l’assiette ; petite cuillère entre le verre et l’assiette… Bref une mise de table structurée et habituelle afin de garder les repères et éviter à l’aidé de chercher, de réfléchir ou de se perdre.
  • La posture est également importante : bien assis, devant son assiette, à une distance minimum de la table, pieds au sol, dossier redressé (le mieux étant une chaise normale)
  • Les deux mains sont sur la table. Si besoin est, le rappeler régulièrement afin que l’autre main ne se retrouve pas sur les genoux et soit totalement négligée au fil du temps. Aussi, il sera bon d’avoir les deux couverts en main afin de ne pas perdre l’utilité du couteau (souvent la première perte).

Pour une personne en perte de repères, le mimétisme prend de l’importance. Alors n’hésitez pas à vous mettre à table avec elle et mangez à son rythme. Le repas reste un moment de partage, il est bon de conserver ce moment d’échange familial.  Et ainsi vous pourrez servir de « modèle» si d’aventure votre proche se sentait perdu face à un geste à accomplir :

  • Cela peut être silencieux, la personne ayant juste besoin de prendre exemple pour retrouver la décomposition d’une action ou l’utilité d’un couvert.
  • Cela peut être appuyé : si vous voyez le doute dans ses yeux, décomposez bien votre mouvement afin qu’il comprenne ce qu’il faut faire.
  • Cela peut être aussi verbal : si le malade semble vraiment perdu, joignez la parole au geste « je prends ma fourchette, je pique, je porte à ma bouche…. » en parlant de manière claire (et/ou détachée si vous sentez qu’il pourrait se vexer).
  • Quand le malade semble perdu et ne répond pas à ces sollicitations, vous pouvez lui montrer ses couverts, ou mettre sa main sur sa fourchette. Si cela ne suffit pas à enclencher ses réflexes, essayez de remplir la fourchette et la lui mettre dans la main. Puis amorcez le geste de porter à la bouche. 
  • Pensez à tourner l’assiette pour pallier une possible héminégligence (défaut de prise en compte des informations du côté gauche ou droit).

Chaque outil présent sur la table d’un repas a sa fonction propre et il est important de tenter de garder leur utilisation respective le plus longtemps possible.

  • Le couteau : il est le premier couvert que l’on oublie. Souvent parce que le malade ne sait plus s’en servir pour couper. Mais il a son importance qu’il ne faut pas négliger : Il incite à utiliser son autre main, celle qui ne tient pas sa fourchette. Si les deux mains ne sont pas stimulées lors du repas, on peut craindre qu’au fur et à mesure, la deuxième main soit totalement oubliée car trop peu souvent sollicitée. Le couteau ne sert donc pas qu’à couper. Il sert à garder sa main sur la table, à pousser ses aliments dans sa fourchette… et le fait d’avoir cet outil dans les mains obligera la personne à chercher son utilité et à la trouver ! Bien entendu si le fait de garder le couteau en main embrouille le malade plus qu’autre chose, s’il s’en sent totalement perdu, il est peut-être temps de le lui enlever ; mais essayez de le remplacer par le pain pour pousser, pour saucer… toujours dans un souci de sollicitation de la seconde main.
  • La fourchette : c’est un couvert bien pratique puisqu’il permet de piquer, de ramasser, et même de couper (un steak haché par exemple). C’est avec une fourchette qu’on mange en société. De même que le couteau, il est important de préserver son utilisation le plus longtemps possible. Si la fourchette est abandonnée trop facilement, la nourriture qu’elle permet de manger risque de l’être aussi au profit d’aliments simples à prendre à la cuillère.
  • La petite et la grande cuillère : c’est souvent le dernier couvert reconnu et utilisé par les malades d’Alzheimer ; sûrement parce qu’elle est la plus utilisée au cours de notre vie. C’est l’outil le plus pratique pour manger, elle  permet de ramasser et garder un aliment dans sa forme creusée. La petite cuillère permet également de diminuer l’effort d’ouverture de bouche par sa petite taille. Mais ne contient donc qu’une petite quantité de nourriture et la sensation de satiété peut subvenir alors que la quantité de nourriture absorbée n’est pas suffisante. Si le malade n’a pas de problèmes pour ouvrir la bouche ni de tendance à en mettre trop dans sa bouche, préférez la grande cuillère.
  • Le verre : élément primordial puisqu’il permet l’hydratation nécessaire à la vie. Choisissez un verre facile à prendre en main, où le nez entrera quand il sera porté aux lèvres pour boire. Ni trop grand ni trop petit. Adaptez-le en fonction des besoins et des lacunes (en verre, en plastique, en couleur, antidérapant…)
  • La serviette : conservez les habitudes de votre proche face à cet objet tant que les taches ne prennent pas le dessus. Certains la préfèrent sur les genoux, d’autres autour du cou ou encore à côté de l’assiette. Elle fait partie des outils importants de la table. Quand le besoin s’en fera sentir vous pourrez changer les habitudes pour pallier aux problèmes des taches trop nombreuses…

Quand l’utilisation de tous ces outils n’est plus possible il reste encore la possibilité de manger avec les doigts. Quand il en arrive à ce stade, le malade n’est souvent plus conscient des dimensions sociales que cela représente. L’aidant, lui, peut mal vivre cette étape. Gardez à l’esprit que s’il mange avec les doigts, il mange encore en autonomie et c’est encore une victoire. Et peut-être qu’en lui proposant la cuillère pour manger le dessert, il y arriverait encore (la gourmandise est un vilain défaut mais peut donner des ailes). Des chefs cuisiniers commencent à se pencher sur la question et donnent des idées variées de menus entièrement consommables avec les doigts. Car effectivement, le problème de cette pratique est d’avoir vite fait le tour des aliments appropriés à cette manière de faire.